Des informations inexactes sont diffusées par des associations soit disant « mesurées » relatives à la transition d’adolescent·e·s

Dans sa séance du 23 août dernier, le comité de l’association a fait une revue des différents articles et émissions parus en Suisse romande ces douze derniers mois affirmant que les jeunes en questionnement d’identité seraient traités de manière inadéquate, voire poussé·e·s dans leur affirmation de genre différente de la norme. Le comité prend les positions suivantes face aux propos fallacieux tenus dans ces médias.

Nous affirmons que :

  1. Derrière ces articles et prises de position se trouvent essentiellement quatre personnes, dont trois au moins sont en conflit ouvert avec la transition de leur adolescent·e ou de l’adolescent·e d’un·e proche.
  2. Il est faux qu’un adolescent s’est fait proposer à Genève un traitement de testostérone et une mastectomie après seulement deux rencontres avec un pédopsychiatre.
  3. Il est mensonger de déclarer que la prescription à des personnes trans* d’hormones destinées à favoriser la transition est illégale.
  4. L’association mondiale des professionnels de la santé trans* (WPATH), dont nous sommes membres, ne recommande absolument pas de soutenir une personne – jeune ou pas – dans sa transition sans un diagnostic avéré prenant en compte les risques de comorbidité.
  5. La WPATH ne favorise pas une médicalisation précoce, invasive et irréversible.
  6. Il est faux qu’en Suisse des enfants se voient prescrire des traitements hormonaux, voire des chirurgies.
  7. Il est diffamatoire de prétendre que les associations défendant les personnes trans* poussent les jeunes et moins jeunes à faire leur transition.
  8. La psychanalyse et les thérapies de conversion n’ont jamais démontré de résultats probants quant à la prise en charge de l’incongruence de genre, mais qu’au contraire elles ont débouché la plupart du temps sur des drames humains et familiaux.
  9. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’études scientifiques sérieuses remettant en doute celles démontrant que le taux de suicide est malheureusement nettement plus élevé chez les personnes trans* que chez les personnes cis.
  10. Chaque être humain doit être libre d’être qui il·elle est vraiment, sans discrimination.

Depuis quelques années la transidentité est plus visible. Cette visibilité à laquelle nous contribuons vise à informer le grand public et ainsi à lutter contre une stigmatisation hélas encore bien présente dans la société. Néanmoins des progrès ont été réalisés tant sur le plan social que médical, même s’il reste encore de nombreux champs de recherche à améliorer.

Les propos d’associations soi-disant « mesurées », ne comprenant aucune personne directement concernée, mais seulement des parents qui souhaitent faire revenir en arrière de 20 ans la situation, sont dangereux.

D’abord, de tels propos laissent croire que la transidentité serait une lubie dont on peut débattre publiquement à l’envi en ignorant l’avis des principaux·les concerné·e·s.

Ensuite, ils tentent de donner l’image que les recherches menées depuis 42 ans au sein de la WPATH ne sont que le résultat sans fondement scientifique des pressions de groupes « transactivistes ». Alors que le contraire est la réalité. Les recherches médicales et sociales sur les causes des souffrances des personnes trans* ont permis de dé-psychiatriser l’incongruence de genre, de la sortir des troubles de la santé mentale et d’établir une approche similaire à celles des autres secteurs de la médecine, basée sur le respect de la personne humaine.

Enfin, en laissant supposer l’échec des pratiques actuelles, alors que ces dernières sont les meilleures possibles, bien que perfectibles comme toute la médecine, et tentant d’imposer un moratoire des prises en charge par des actions juridiques tous azimuts, les auteurs·trices de ces propos maltraitent une large majorité de patients·es et de familles au sein desquelles la transition se fait en harmonie et dans le respect de toutes et tous.

ÉPICÈNE est la seule association suisse dont les statuts affirment depuis sa création son engagement à une meilleure prise en charge médicale des personnes transgenres.

Nous appelons de nos vœux et œuvrons en faveur de :

  • La création d’un réseau universitaire romand regroupant les médecins et professionnels de la santé correctement formés, et certifiés, à la prise en charge des personnes transgenres.
  • La mise en place en Suisse d’un seul centre de chirurgie de réassignation avec des chirurgiens correctement formés et respectant les standards de la WPATH.
  • La mise en place par la FMH, et les autres associations de professionnels de la santé, de standards minimaux de formation dans les domaines qui nous touchent.